Lhabit Ne Fait Pas Le Moine Dissertation Abstract

Il y a une tradition philosophique qui enseigne depuis plus de deux millénaires la différence entre l’être et le paraître. Cette différence, admise par les êtres rationnels, n’est pas toujours facile à établir dans les faits. Mais qui pourrait tromper des dieux, aux pouvoirs surnaturels, quant à l’authenticité de sa croyance ?

 

En effet, si Dieu, Yahvé ou Allah existent vraiment, il va de soi qu’ils savent faire la différence entre l’être et le paraître, c’est-à-dire, dans le cas qui nous intéresse ici, qu’ils ne se laissent pas berner par le simple fait de porter tel ou tel vêtement comme preuve de croyance. S’ils se laissaient tromper, il s’agirait alors de dieux bien limités, et s’ils se laissaient influencer par ces apparats, ils seraient bien superficiels et ne mériteraient pas notre dévotion. Il n’est pas inutile non plus de rappeler que ces rituels associés aux religions sont le fruit de décisions humaines : comment être sûr de leur bien-fondé ? Il serait étonnant que ces mêmes dieux nous tiennent rigueur de ne pas avoir porté leurs symboles parce que des conditions étrangères à nos convictions ne nous le permettaient pas.

 

Rappelons ce qu’est un symbole. Par définition, un symbole renvoie à autre chose que lui-même. Picasso a dessiné une colombe représentant la paix. Cette colombe n’est pas la paix elle-même, elle ne fait que la signaler ; on ne saurait la confondre avec ce dont elle est le symbole. Il n’en va pas autrement pour les symboles religieux. L’habit ne fait pas le moine, dit la sagesse populaire avec raison. Ce qui compte vraiment, c’est l’authenticité de sa croyance, à mille lieues de toute apparence.

 

Interdiction

 

Aussi, quand on confond l’interdiction temporaire de porter un symbole (par exemple pendant les heures de travail ou une partie de soccer) avec l’interdiction de liberté de religion, on commet un sophisme de substitution : on prend le signe pour la chose. Il est étonnant de voir apparaître ce sophisme chez des gens qu’on aurait cru plus avisés. On n’a pas, à mon avis, une très haute opinion de la religion quand on pense ainsi. On la rabaisse à une question d’apparence, de pratique extérieure, alors que, si l’on veut être sérieux en matière de religiosité, c’est d’abord et avant tout l’attitude intérieure qui prévaut. Dieu, Yahvé ou Allah, s’ils existent, ne se trompent pas sur nos véritables intentions quand on affiche ces signes. Ils savent distinguer entre conviction profonde, hypocrisie et revendication politique. Ils savent aussi qu’un véritable croyant ne cesse pas de l’être du moment qu’il ne porte pas son symbole religieux en tout lieu.

 

Je ne peux alors que demeurer sceptique quand des croyants ou un de leurs défenseurs prétendent le plus sérieusement du monde que la liberté de religion est brimée (avec la pente glissante qui s’ensuit : non-accessibilité au travail, non-intégration, etc.), alors qu’il s’agit de renoncer temporairement à ses symboles et non de renier ses convictions profondes. Je demeure aussi très sceptique quant à une croyance religieuse qui dépendrait aussi fortement d’apparences.


René Bolduc - Professeur de philosophie Cégep Garneau

“L’habit ne fait pas le moine” - Etes-vous d’accord avec ce proverbe ?

Ce proverbe signifie qu’il ne faut pas se fier aux apparences, qu’il faut faire une distinction entre ce qui est montré etla personnalité profonde d’un individu. En observant la société qui nous entoure, on constate qu’à l’heure actuelle, une multitude de gens aux allures très diverses se cotoient et on aurait vitetendance à les juger sur leur aspect extérieur.

Tout d’abord, il faut essayer de comprendre pourquoi nous adoptons telle ou telle tenue. Nous vivons dans une société aux codes bien établis et ilconvient de se plier aux convenances. On ne peut pas, par exemple, travailler dans une bijouterie de luxe vêtu d’une salopette, le directeur d’une grande entreprise ne peut pas recevoir ses clients enjogging. Sans parler des uniformes imposés à certaines professions ou dans certaines écoles. Un bon nombre de gens sont donc contraints d’adapter leur tenue aux règles en vigueur, toutefois cette tenuen’est le reflet ni de leurs goûts, ni de leur personnalité, ni même de leur honnêteté.

On voit aussi des gens, en particulier des jeunes, s’habiller d’une certaine manière pour signifier leurappartenance à telle ou telle catégorie. Punk ou rasta, gothique ou hip-hop, le choix est large et bien souvent ces jeunes se réunissent en bandes qui s’opposent. C’est leur besoin d’etre admis dans un clan quiles pousse à adopter un comportement et une tenue particulière, mais cela ne nous renseigne pas sur le caractère de chacun.

L’habillement peut aussi renseigner sur la religion. Un homme en soutanenoire est certainement catholique, on reconnaît un moine bouddhiste à sa tenue orange et à son crâne rasé. Et depuis quelques années, on a vu arriver des femmes voilées dont on sait immédiatementqu’elles sont de religion musulmane. Mais là encore, au sein d’une même congrégation, que de pensées, de sentiments différents.

D’autres encore adoptent librement des looks radicalement différents...

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